N°1 ~ Harmonie Pastorale : Berger.e.s

04/07/2024

Les prémices de la vie pastorale, exemple du Jas de l'Ane (campagne 2024)

     Un.e berger.e., est beaucoup dans l'attente, l'observation, la contemplation et l'admiration. Le temps s'arrête, il fait partis d'un autre monde. Un monde pas plus facile car chaque action demande de l'effort, de la réflexion, de l'efficacité. Pour vivre pleinement cette expérience pastorale, nous avons quitté le monde moderne et son confort, la technologie et le progrès des commodités quotidiennes.
Chaque jour est un jour nouveau où tout est une épreuve : la pluie, le vent, le soleil, la pente, l'altitude, et bien sûr les brebis... La force tranquille est notre mantra.
L'emmontagnée
     Après un jour de garde pour remplacer un collègue, notre troupeau est enfin arrivé le 26 juin. La garde en montagne préparée depuis 18 mois prend enfin toute son ampleur.
Pour contenir le troupeau, il fallait un peu plus de 3 camions bétaillères. 

     Cette année particulièrement humide, les brebis arrivent déjà rondes car beaucoup d'herbe a poussé dans la plaine de la Crau, lieu de villégiature de l'éleveur. Un camion contient donc environ 460 brebis sur 3 étages.
Afin de limiter les sécrétions, leur dernier repas remonte à l'avant veille du trajet. Alors, quand elles sont autorisées à sortir des camions, c'est l'orgie. Elles portent la joie sur leur comportement : des bêlements, des sauts de cabris mais surtout une ruée vers de la bonne herbe de montagne.

     Pas le temps d'admirer ces belles toisons en bord de route, nous devons rapidement prendre le chemin de notre alpage de transition au lieu-dit Les Ribaud, situé entre 1600m et 1900m d'altitude, en attendant la fonte de la neige plus haut en altitude.

     Pour appréhender le troupeau, les chiens de travail, le rythme et les relations entre tout ça, rien de mieux comme estive pour débuter notre vie de Berger.e.s en harmonie pastorale.
Bordés entre la route des cols (Glandon et Croix de Fer) et une très jolie rivière, une belle combe prairiale en "U" s'offre à nous, où subsistent quelques cailloux mais présente surtout de nombreuses zones humides.
     Les brebis y resteront 9 jours. 9 jours de quiétude, de chaume et de calme, 9 jours rythmés entre une saison humide qui s'étend et un début d'été tardif. 9 jours où nos béliers cherchent les chaleurs des femelles. 9 jours où V'Alpen prend le temps d'observer Courlis pour mieux se déclarer au troupeau. 9 jours de questionnements de touristes de passage, de vrombissement de moteurs de deux-roues ou quatre-roues.

     9 jours pour se faire une idée de la vie pastorale


Un peu d'histoire pour comprendre cette tradition ancestrale qu'est la transhumance

     Une montagne qui se fait consommer par un troupeau domestique venant d'ailleurs est appelée estive, alpage ou également unité pastorale... Quelque soit son nom, c'est un espace plus ou moins sauvage, accueillant un troupeau parfois conséquent de façon saisonnière, pour valoriser la surface fourragère mais surtout équilibrer le manque d'herbe autour de l'exploitation. C'est ce qu'on appelle la transhumance, tradition millénaire, inscrite depuis décembre 2023 dans le patrimoine culturel immatériel de l'humanité à l'UNESCO.
De manière générale, dans les Alpes les troupeaux peuvent faire plusieurs centaines de kilomètres pour emmontagner, alors que dans les Pyrénées, la transhumance est plus "locale" avec des éleveurs venant de la plaine du gave (mêmes départements que la chaine de montagne).
Le nombre de bergers salariés en France est estimé à plus de 20 000, avec aujourd'hui une belle proportion de femmes et des parcours agricoles hors cadre familial, comme nous. 

     Voici un exemple de la transhumance pour les exploitations agricoles de la région Provence - Alpes - Côte - d'Azur. Le CERPAM - qui est une institution qui conseille et forme les acteurs du pastoralisme- estime à 600 000 ovins et 18 000 bovins qui transhument vers la montagne lors de la période estivale. Elle compte également 100 000 ovins de fermes de montagne qui transhument en sens inverse lors de l'hiver vers la plaine, ou ce que l'on appelle des parcours (espaces en friches).

Sur ce schéma du sud-est de la France, on voit clairement qu'une majorité de la transhumance se situe entre la plaine de la Crau et le Nord des Alpes (Savoie, Haute-Savoie et Isère). Pour le reste, il s'agit d'exploitations situées en très basses altitudes soumis à la sécheresse de l'herbe en plaine qui emmontagnent dans le sud des Alpes.
La transhumance hivernale concerne des fermes d'altitude en centre-Alpes et utilise des parcours comme des couloirs à défricher pour la lutte contre les incendies ou des bois pâturés.

     L'estive du Jas de l'Ane accueille tous les ans depuis des dizaines d'années des ovins allaitants (brebis à viande) d'un seul éleveur, provenant d'Arles. Autrefois, ces brebis transhumaient à pieds pendant plusieurs jours pour rejoindre la montagne. D'ailleurs, le GR69 ou "La Routo", retrace toute cette transhumance de la plaine de la Crau au Piémont italien. Aujourd'hui avec le flux de circulation que l'on connaît sur les routes et l'agrandissement des cheptels, la transhumance se fait majoritairement par camion bétaillère. 

Share
Harmonie Pastorale - Les chroniques de V'Alpen
Optimisé par Webnode Cookies
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer